Les cigognes qui parlaient à la lune
Cette année, deux cigognes ont élu domicile juste devant la maison de mes parents, leur nid étant visible depuis la fenêtre de ma chambre. Je n’aurais jamais cru recevoir un tel cadeau, après les avoir admirées de loin chaque année. Enfin, pas si loin que ça, en réalité : il y a un autre nid à cinq minutes à pied de la maison, sur notre chemin préféré vers les bois, en pleine nature, au bord de la rivière.
On les a déjà vues se percher sur les lampadaires, on les a observées, mais je n’aurais jamais imaginé qu’un couple construirait son nid juste à côté de chez nous. Leurs cris cette année, ce concert unique et envoûtant qu’elles aiment tant offrir, sont plus fréquents que jamais. C’est comme ça qu’on sait qu’elles sont dans leur nid sans même les voir. Généralement, un cri annonce l’arrivée de l’une d’elles, et l’autre, attendant son tour, chante un chant de bienvenue et se prépare à s’envoler dès qu’elle l’entend.
Malheureusement, ces cigognes-là sont restées un couple. Ils n’ont pas encore de petits, mais comme c’est la première année que nous avons ce nid, c’est plus que suffisant pour nous. Avant même notre arrivée au village, ma mère et ma sœur m’avaient dit qu’un couple de cigognes construisait son nid sur le lampadaire près de la maison.
Au début, elles se posaient même dans notre jardin pour ramasser des brindilles. J’ai aussi reçu une vidéo de ces magnifiques oiseaux se promenant dans la cour. Quelle joie et quelle surprise de les voir de mes propres yeux à notre arrivée pour l’été ! Les années précédentes, nous les apercevions rarement au sol, et quand nous les voyions, elles s’envolaient au moindre bruit.

Cette année, comme les années précédentes, je les ai regardées planer au soleil, baignées de lumière, leurs ailes déployées au loin, sous l’immensité du ciel bleu, avec les majestueuses montagnes bleues en arrière-plan et le grondement du tonnerre derrière elles, devant de doux nuages blancs.
Cette année, j’aime aussi les observer avec la lune en arrière-plan. Je vois ceux que nous croisons sur le sentier forestier et la lune dans ses différentes phases. Aujourd’hui, j’ai aperçu nos plus proches voisins, voilés par l’image brumeuse de la lune, et un instant, j’ai cru qu’ils lui parlaient. C’était amusant d’observer la dernière cigogne, racontant ses histoires à cette compagne naturelle irremplaçable, source d’inspiration poétique, la lune.
Elle leur a promis qu’ils auraient encore le temps de discuter avant leur dernier voyage vers des contrées plus clémentes. La lune leur a fait un clin d’œil timide et a ajouté une note significative à leur conversation : elle les accompagnerait jusqu’au bout et resterait à leurs côtés très longtemps.
Elle ne se séparerait pas d’amis aussi fidèles, d’autant plus qu’elle se sent souvent seule, surtout lorsqu’elle disparaît peu à peu pendant la majeure partie du mois et que personne ne la remarque. Ainsi, elle entendrait ces oiseaux là-haut, même si elle n’est pas pleinement visible, et ils sauraient qu’elle est toujours là, même lorsqu’elle est à peine perceptible.

Si j’étais un oiseau
Si j’étais un oiseau, aurais-je des ailes ? Si j’étais un oiseau, aurais-je peur de voler haut ? Si j’étais un oiseau, me soucierais-je de la façon dont je chante ? Si j’étais un oiseau, pourrais-je faire un nid ?
Si j’étais un oiseau, serais-je aussi résistant aux tempêtes ? Si j’étais un oiseau, serais-je une source de réconfort ? Si j’étais un oiseau, souffrirais-je de ma solitude ? Si j’étais un oiseau, parlerais-je à la lune ?

Si j’étais un oiseau, me demanderais-je quelle heure il est ? Si j’étais un oiseau, serais-je hanté par des pensées du passé ? Si j’étais un oiseau, me soucierais-je du regard des autres ? Si j’étais un oiseau, serais-je plus attentif à ce qui m’entoure ?
Si j’étais un oiseau, serais-je dur envers moi-même ? Si j’étais un oiseau, goûterais-je à la liberté ? Si j’étais un oiseau, me rapprocherais-je du soleil ? Si j’étais un oiseau, serais-je irrespectueux envers la nature, mon refuge ?

Si j’étais un oiseau… mais je ne le suis pas.
Je ne peux qu’y puiser mon inspiration.
Merci de m’avoir lue jusqu’au bout et à bientôt !