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Un jour, une visite. Ma mère.

Ce jour-là, nous n’avons rien fait de différent de ce que nous faisons quotidiennement tout l’été. Le matin, nous sommes allés à pied chez ma mère, la grand-mère de mes enfants, qui travaille à la mairie.

Chaque fois qu’elle est au village, car elle se déplace d’un village à l’autre, nous lui rendons visite. C’est une façon de varier les plaisirs et de divertir mes petits.

Elle nous salue, enfin, ça dépend, en fait, si elle a du travail, elle n’est pas toujours très aimable 🙂 mais elle trouve toujours le temps de nous sourire. C’est comme si nous allions lui rendre visite un jour de travail.

Bref. Quand elle n’a pas de clients, elle donne des feuilles de papier et un stylo à ses petits-enfants et ils se mettent à dessiner ce qu’ils aiment. Elle leur pose des questions, s’intéresse à leur journée et ils lui racontent.

Nous adorons ces moments, ainsi que le temps que nous passons dans notre village, car c’est essentiel pour moi et mes fils car cela nous permet de nous imprégner de l’atmosphère rurale, si différente de celle de la grande ville. En tout cas, nous profitons au maximum de notre temps où que nous soyons – du moins, nous essayons 🙂

J’ai écrit une lettre à ma mère.

Écrire m’aide à exprimer mes émotions et voici ma lettre, empreinte d’amour pour ma mère.

Le voici :

Chère maman,

J’ai déjà écrit un poème dédié à toi, sincèrement, mais je crois qu’aujourd’hui, je veux t’offrir un autre cadeau en t’écrivant un second texte, avec des vérités et des pensées différentes, mais toujours imprégné de mon amour pour toi. Je te le dis rarement et cette simple habitude, qui ne demande que si peu d’effort, me manque.

Je sais maintenant qu’écrire m’aide à exprimer mes émotions, à découvrir mon âme, à parler de ce qui me passionne et de ce que mon cœur ressent au plus profond de moi. Je ressens les mots plus près de moi ; je ne me perds plus à essayer de cacher mes émotions, je les exprime simplement, quelles qu’elles soient. Je me suis rendue compte qu’étant une personne hypersensible, il m’arrive d’en faire trop quand je parle et de submerger mon interlocuteur d’émotions parfois superflues. Mais c’est ainsi que j’essaie de m’accepter et je suis reconnaissante à tous ceux qui m’acceptent telle que je suis. Voilà pour ma confession.

Je ne veux pas paraître banale, indiscrète ou offensante. Je sais que les mots, écrits sur une ligne de papier, touchent, laissent une empreinte et peuvent avoir un impact durable sur moi et sur ceux à qui j’écris. Je me rends compte que les années passent et que nous n’avons plus une minute l’une pour l’autre, seulement pour nous-mêmes et nos responsabilités respectives. Les jours filent et nous voilà, séparées, espérant échanger quelques mots pendant que tu parles à tes petits-enfants.

Je sais que c’est douloureux pour mes enfants et moi d’être si loin de toi et de papa, mais c’est ainsi que la vie nous réserve parfois des épreuves, des situations qui nous rapprochent. Les choses ne se passent pas toujours comme on le voudrait, et quand on a le plus besoin de proximité, seule la distance nous permet de comprendre, nous donne matière à réflexion, nous fait prendre conscience de beaucoup de choses, me donne l’occasion de t’apprécier, de t’aimer, de te comprendre et d’être sûre que tu es la seule mère dont j’ai jamais eu besoin. Le temps passe vite, n’est-ce pas ?

Enfant, tu me faisais t’aider à tricoter, en tenant tes pelotes de laine. Je le faisais à contrecœur, mais je m’en souviens encore. Je me souviens encore de ces journées passées à tricoter ce grand pull blanc, avec ce magnifique panier rempli de fruits de toutes sortes. Je me souviens du nombre de magazines de loisirs créatifs que tu possédais et de la façon dont tu les dévorais. Pour moi, c’était bien au-delà de mes centres d’intérêt à l’époque. Je me souviens aussi de nos visites au jardin, juste à la sortie du village, pour arroser et cueillir les légumes que vous aviez plantés, papa et toi. Là encore, je le faisais à contrecœur, mais ce sont des souvenirs qui me sont restés.

Aujourd’hui, je suis reconnaissante de les avoir, et je regrette même de ne pas en avoir fait davantage à ce moment-là. Je me souviens de notre départ du village et de la façon dont nos liens se sont distendus. Ma sœur et moi avons commencé le lycée en ville, entamant ainsi le long parcours des études supérieures. Puis nous sommes entrées à l’université et la distance s’est installée, comme si la vie avait décidé de me donner une dure leçon.

Je me souviens comment tu n’as jamais cessé de m’aider, malgré ton travail à temps plein, quand j’étais déprimée, quand je m’effondrais, quand tout cela a dû arriver pour que je puisse revenir vers toi, redevenir la fille que tu aimais tant. Tu étais inséparable de moi, et toi et papa avez parcouru de longues distances pour m’aider à me relever.

Les médicaments soulagent la douleur, mais ils ne peuvent pas changer une personne, et j’avais un long chemin à parcourir pour devenir une meilleure version de moi-même. J’étais tellement loin de moi-même, tellement loin de toi, qu’il était presque impossible de recommencer ma vie avec des pilules qui apaisaient la douleur mais ne m’aidaient pas à changer, à retrouver mon vrai moi.

Enfant sensible, déterminée à prouver au monde que je n’étais peut-être pas si sensible après tout (un déni qui, je crois, a contribué à la période sombre de ma vie, et que je regrette profondément), je reviens aujourd’hui à moi-même et j’aime cette version de moi-même car elle me permet de retrouver ceux que j’aime avec amour, de chérir les moments passés avec toi, d’aimer ma vie plus que tout.

Je me souviens de ce jour où tu t’es assis près de moi et m’as dit de ne pas m’inquiéter. Tu voulais m’aider plus que tout au monde, mais tu ne savais pas comment. Je ne comprenais pas ce qui n’allait pas chez moi, et encore moins comment l’expliquer. Alors j’ai commencé à écrire. Ma sœur m’a entraînée dans cette aventure intense et révélatrice, une habitude qui m’a permis de mieux me comprendre, de mieux comprendre les autres, de mieux te comprendre, toi et tout ce que j’aime. Je suis reconnaissante d’avoir relevé le défi de l’écriture, je suis reconnaissante de tout ce que j’ai appris, je suis reconnaissante que cela ait changé ma vie pour le mieux.

Grâce à l’écriture, je suis tombée amoureuse des activités créatives et j’ai commencé à tricoter. Oui, j’ai commencé à tricoter et j’adore ça ! C’est une activité que j’apprécie, qui me rapproche de toi et qui me fait réaliser que nous ne sommes pas seulement mère et fille, mais liées par le sang. Suivre ton exemple témoigne de la profondeur de notre lien. Pour certains, c’est un simple geste ; pour moi, c’est tout un univers. Ces moments simples et ces découvertes forment un cosmos magique de liens intimes qui me rapprochent de toi et me rendent encore plus fière de t’avoir comme mère.

Merci d’être si présente dans mon cœur, merci pour tous les efforts que tu déploies chaque jour pour notre bien-être, merci pour tout ce que toi et papa avez fait pour que ma sœur et moi puissions terminer nos études. Tu es un véritable miracle pour moi, un exemple de l’impossibilité qu’il m’aurait été d’atteindre l’âge auquel tu as travaillé sans relâche au même poste pendant près de 50 ans.

Courageuse, pleine d’espoir, presque toujours positive, toujours attentive à mes besoins, toujours prête à aider, toujours à donner le meilleur de toi-même pour nous, même plus que tu n’y étais obligée, toujours à nos côtés, telle une guerrière défendant sa patrie, tu veilles sur nous et fais tout pour notre bien-être. Merci du fond du cœur. Pardonne-moi pour toutes ces années où je n’ai peut-être pas été la fille que tu espérais.

Il y aura des malentendus entre nous, je le sais ; parfois tu ne seras pas d’accord avec moi, parfois je ne le serai pas. Ce sont ces différences qui font notre singularité, mais tu es l’une des personnes en qui j’ai le plus confiance, et ces difficultés sont finalement sans importance. Je n’arrêterai jamais d’écouter tes paroles et d’essayer de te comprendre.

Je t’aime.

Merci de m’avoir lue jusqu’au bout et à bientôt !

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